Turquie-UE : une relance des négociations d’adhésion

  • Bastien Alex

    Bastien Alex

    Ancien.ne chercheur.se à l'IRIS

Un nouveau chapitre des pourparlers d’adhésion entre l’Union européenne et la Turquie – le chapitre 22 relatif à la politique régionale – devrait être ouvert le 5 novembre prochain. Si cela constitue indéniablement une avancée factuelle, puisqu’aucun chapitre n’avait été ouvert depuis la présidence espagnole (janvier à juin 2010), parler de relance du processus semble quelque peu prématuré, et ce pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, ce déblocage des négociations ne s’est pas fait avec la manière. La France avait au mois de février son intention de lever son véto sur le chapitre 22, concrétisant enfin sur le plan européen le changement de ligne perceptible depuis l’élection de François Hollande, Nicolas Sarkozy n’ayant pour sa part jamais caché son hostilité à l’entrée de la Turquie. L’ouverture du chapitre 19 avait également été évoquée au mois d’avril lors d’une rencontre entre Stefan Füle, Commissaire européen à l’élargissement et une délégation turque emmenée par Egemen Bagis, ministre turc des Affaires européennes et négociateur en chef sur ce dossier. L’Allemagne, qui, dans un premier temps ne s’était pas opposée à l’initiative française, a finalement fait machine arrière à partir du mois de juin, prétextant la répression des manifestations en Turquie suite à l’occupation du parc Gezi à Istanbul. Si la manière dont la crise a été gérée par les autorités turques (5 morts et près de 7 700 blessés) est hautement condamnable, la décision allemande n’est pas louable pour autant puisque cette dernière n’a en réalité été motivée que par le calendrier électoral. Les élections générales se tenant le 22 septembre, la chancelière allemande Angela Merkel a préféré repousser l’ouverture du chapitre 22 à l’automne, après la publication du rapport du suivi de la Commission européenne (16 octobre) qui évalue chaque année les progrès réalisés dans l’alignement sur l’acquis communautaire, et ainsi ménager son électorat le plus hostile. Dans de telles conditions, la relance du processus paraît bien dénaturée…