Directeur adjoint de l’Iris et spécialiste de la politique de défense de la France, Jean-Pierre Maulny revient pour leJDD.fr sur les orientations militaires inscrites dans le Livre blanc de la Défense, remis lundi à François Hollande.
C’est une réduction qui vient après celle de 54.000 postes décidée en 2008. C’est une réduction plus limitée, mais qui est bien évidemment liée aux contraintes budgétaires. Face cette contrainte, vous pouvez jouer sur les équipements et sur les personnels. La suppression de 54.000 emplois qui avait été décidée en 2008 n’a pas entraîné les économies attendues, du fait notamment de la revalorisation de la condition militaire. C’est l’un des problèmes auquel ont été confrontés les rédacteurs du Livre blanc et qui explique le fait qu’il faille encore diminuer un peu le format des armées.
Oui, elle est tenue. Le budget est sanctuarisé nominalement. Mais ce seront quand même deux années (2014 et 2015) de réduction, car l’inflation ne sera pas prise en compte. Elles seront extrêmement difficiles et verront le budget de la Défense diminuer en volume.
L’armée se verra recentrée sur ses capacités opérationnelles, et notamment sur les forces qui seront déployables en opération extérieure, où un effort sera fait sur l’équipement. La réduction porte surtout sur les aspects de logistique et sur les forces non-déployables. On va sur un format plus resserré mais en essayant d’être plus performant. Après il faut voir ce qu’implique la réduction de 24.000 postes par rapport à la création des bases de défense. Effectivement, cela pourrait peut-être se traduire par la fermeture de certaines bases.
Il y a les bases situées sur le territoire français. C’est une question de rationalité de l’outil militaire. Il est évident qu’une base coûte en termes immobilier, de logistique… Si vous réduisez le nombre de bases, vous pouvez réaliser des économies. Il faudra aussi regarder dans le Livre blanc ce qu’il y a sur les forces pré-positionnées, notamment en Afrique. L’opération au Mali a quand même prouvé leur utilité. Il est possible qu’on aille vers un format plus souple et avec un déploiement en temps de paix plus limité. Mais l’opération malienne a prouvé qu’il était nécessaire d’être près des opérations. C’est un grand avantage ne serait-ce qu’en termes de coût de la logistique. Il faut être prêt à basculer depuis nos emprises sur le théâtre des opérations.
Il est certain que le Mali a eu un effet structurant par rapport à nos forces armées, car ça a été un conflit où nous sommes intervenus seuls, tout du moins pour ce qui est des forces de combats. Cela a été une vraie guerre avec de vrais combats, sans doute encore plus que cela ne l’avait été en Afghanistan. Et aussi un succès d’un strict point de vue militaire. Cela a une valeur exemplaire.
C’est un peu le problème. Quand vous voulez faire des économies, le plus simple est de les faire sur l’armement. Mais nous sommes un peu à la corde par rapport aux grands contrats d’armement qui ont été passés. Entre 8 et 10 programmes représentent 80% des dépenses d’équipements aujourd’hui. Toute renégociation économique pour limiter leur nombre ou les différer dans le temps est difficile. C’est possible d’en faire, mais c’est compliqué. La compétence de notre industrie de défense est la deuxième difficulté. La question de l’autonomie stratégique de la France et de l’Europe est en jeu. Si on diminue trop les dépenses d’équipement, on arrive en-dessous d’un seuil critique, où l’on commence à dépendre des autres, et notamment des Américains. A ce moment-là, on peut se retrouver avec une incohérence par rapport à l’ambition politique et stratégique de la France.
La baisse des crédits! Ce qui a été décidé dans le Livre blanc est une diminution jusqu’à un seuil où l’on ne remet pas en cause cette cohérence entre l’ambition politique et la capacité militaire. Si on passe sur des schémas budgétaires inférieurs, on peut effectivement, sur une échelle de 5 à 10 ans, être confronté à des pertes de capacités majeures.
