Quels sont les pays qui espionnent la France en 2023 ?
Pour faire simple, tous les pays qui ont les moyens de le faire espionnent la France. Il y a les pays qui font ça à titre hostile, et ceux qui le font bien qu’ils soient considérés comme des « amis ». Je pense notamment que la charge d’espionnage que subit la France de la part des États-Unis est supérieure, par exemple, à celle subie de la part de la Chine. Il y a aussi les Russes, les Allemands, les Belges, les Anglais…
Selon moi, si un pays comme les États-Unis espionne la France, c’est pour avoir accès aux réseaux de décision et pour faire en sorte qu’elles soient prises dans leur sens. Dans le cas de la Russie ou la Chine, l’espionnage porte plus sur l’accès aux procédés industriels, capacités de marchés, facteurs économiques et industriels. Chacun se bat pour ce qui lui manque.
De manière générale dans la recherche de renseignements, ce sont davantage les domaines économiques qui sont visés plus que les capacités militaires : brevets, propriétés intellectuelles ou encore savoir-faire.
Pourquoi, selon vous, des pays alliés comme les États-Unis et l’Allemagne, pour ne citer qu’eux, nous espionnent-ils ?
En relations internationales, les pays ont des alliés mais pas « d’amis de cœur ». Les nations ont avant tout des intérêts. Certaines d’entre elles les font passer bien au-dessus des amitiés mises en scène en public. Cela fait partie des règles du jeu.
Il y a une notion importante à rappeler ici : la différence entre « l’espionnage » et « le renseignement ». L’espionnage, ce sont, en gros, les actions illégales pour obtenir des informations sur ce qui se passe dans un pays. Le renseignement, théoriquement, correspond à des actions légales. Au niveau du résultat, cependant, c’est exactement la même chose.
Malheureusement, je dirais un peu moins. Pourquoi ? Le poids de la France a diminué dans le monde, ces dernières années. De manière générale, les actions d’espionnage s’intéressent surtout aux pays qui ont plus de poids et quelque chose à apporter. La France a beaucoup baissé sur le plan industriel.
Existe-t-il une « hiérarchie » des pays qui espionnent la France ?
Je pense que les États-Unis sont certainement ceux qui se renseignent le plus sur la France. Ils veulent savoir qui fait quoi et à quel moment. À côté de cela, il y a aussi le problème des réseaux d’influence. Ces derniers consistent à créer des amitiés et ou dépendances par des biais classiques. Par exemple, au XXe siècle, l’URSS disposait d’un grand réseau en France via le Parti communiste et les syndicats. Mais il faut avoir à l’esprit que l’espionnage moderne a beaucoup changé.
C’est-à-dire ?
Ce n’est plus l’époque où on avait des types avec des faux noms et de fausses barbes qui allaient se cacher et prendre des risques inconsidérés. Aujourd’hui, c’est très différent. À l’heure actuelle, avec l’application Telegram vous pouvez envoyer trois mégabits de données sans problème, et sans que personne ne s’en aperçoive. En 2023 on peut dire que l’espionnage « à risques » a été remplacé par des gens derrière des écrans qui fouillent.
Propos recueillis par Édouard Lamort pour Ouest France.
