Les deux attaques qui ont eu lieu à Jérusalem vendredi et samedi sont-elles surprenantes, dans leur timing ou leur “violence” ?
Non, ce n’est pas forcément surprenant. Depuis le début de l’année, il y a une tension accrue qui est de plus en plus perceptible. Une trentaine de Palestiniens ont été tués depuis le début de l’année 2023 dans le cadre d’opérations sécuritaires. Il y en avait eu plus de 200 en 2022 ainsi qu’une trentaine d’Israéliens. Les accès de fièvre sont récurrents mais le niveau de tension est ici à nouveau très élevé sinon extrême. Le déclencheur immédiat a été le raid mené par l’armée israélienne le 26 janvier dans la localité de Jénine en Cisjordanie occupée, ciblant notamment des activistes d’une cellule du Djihad Islamique qui planifiait des attentats. Cela a donné lieu à des affrontements armés faisant 9 tués du côté des Palestiniens ainsi une vingtaine de blessés. Le lendemain de ce raid, il y a eu l’attentat contre la synagogue Ateret Avraham situé dans le quartier de colonisation juive de Neve Yaakov, dans Jérusalem Est, perpétré par un Palestinien de 21 ans, Alkam Hayri, originaire du quartier arabe de Shuafat également dans Jérusalem Est et causant 7 morts et des blessés graves et rapidement abattu par les forces de sécurité.
Du côté palestinien, il y a souvent le discours du décompte d’une équivalence macabre. Signe de cette tension extrême, il y a eu une nouvelle attaque samedi 27 janvier au matin à Silwan, dans le quartier palestinien où se situe le site archéologique de la « cité de David » dans la vieille ville, une attaque perpétrée par un Palestinien de 13 ans, Mohammad Aliyat, qui a tiré sur un homme et son fils et qui a été arrêté ensuite. Dimanche 29 janvier, un Palestinien de 18 ans, Karam Ali Ahmad Salman, aurait été tué les armes à la main par les forces de sécurité israéliennes près de la colonie de Kdumim (Nord de la Cisjordanie). C’est une accumulation d’incidents très graves qui inquiète toute la communauté internationale. On sent qu’il y a la possibilité que cela dégénère rapidement, d’autant plus que le gouvernement israélien est très marqué à l’extrême-droite, avec peu de velléités de retenue en terme sécuritaire. Cela ne peut qu’amplifier les tensions, au point que certains observateurs craignent même la possibilité d’une troisième intifada (« soulèvement »).
Y a-t-il un risque d’escalade dans cette zone ?
Dans cette configuration régionale élargie, le conflit israélo-palestinien sert en quelque sorte de « caisse de résonance ». Or, pour les Palestiniens, il n’y a aujourd’hui aucune réelle perspective, d’autant moins avec le gouvernement en place particulièrement marqué à l’extrême-droite nationaliste et/ou ultra-orthodoxe. Le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken arrive pour une visite de deux jours en Israël et dans les territoires palestiniens et va s’efforcer de rétablir un minimum de contacts entre les parties alors que l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas a une fois de plus décidé de rompre toute forme de coopération sécuritaire avec Israël, Et ce, même s’il y a une forme de découragement non explicite de la part des Américains face à un conflit paraissant insoluble. Le viatique demeurant le principe onusien de « la solution à deux Etats ». Mais avec la colonisation qui se développe de plus en plus, on s’éloigne de plus en plus sur le terrain de cette « solution à deux Etats » ce qui ne peut que susciter les frustrations et les rancœurs des Palestiniens.
Qu’est-ce qui pourrait permettre de calmer la situation ?
